Comment le livre "Ton autre vie", de Franck Lopvet m'a aidée à y voir plus clair en moi

Franck Lopvet est l'une des (très) rares personnes publiques dont la parole me touche et m'aide à y voir plus clair en moi. 

Je ne vais pas vous expliquer ce qui est écrit, vous résumer Ton autre vie, car cela n'aurait absolument aucun sens. Comme l'explique Franck, nous filtrons le réel pour en faire notre réalité et nous avons tous des filtres différents. J'ai filtré son livre pour en retirer ce dont j'avais besoin pour m'observer avec encore plus d'honnêteté. Je ne peux que vous parler de ce que j'ai filtré au fil de ma lecture, de ce qu'elle a fait bouger en moi, des lignes qui se sont déplacées et des espaces de compréhension qui se sont étendus. 

Je vous encourage à vous procurer cet ouvrage pour y filtrer à votre tour ce qui s'y trouve pour vous. Si vous êtes lassés des prêchi-prêchas spirituels, des injonctions à travailler fort pour vous améliorer, et si vous êtes prêts à vous faire face et à jeter sur vous un regard neuf et honnête, alors "Ton autre vie" vous parlera. 

 

 

L'effet miroir et les différentes parties de nous-mêmes

 

L'effet miroir est la loi, le phénomène, qui me permet de me regarder avec le plus d' honnêteté (lire:https://www.uneameenvoyage.com/2020/12/30/l-effet-miroir-ou-comment-vous-observer-vous-m%C3%AAme-en-observant-ceux-et-ce-qui-vous-entourent/). Je sais que ce que j'observe à l'extérieur de moi est le reflet de ce que je suis à l'intérieur. Nous sommes composés de multiples parties qui éprouvent des sentiments divers et variés, je le sens. Je sens aussi que ces parties qui me composent sont en désaccord, en opposition, que l'une d'entre elle n'est que douceur et qu'une autre est agressive, par exemple. Ces parties se reflètent dans tout ce et ceux qui nous entourent. 

Oui mais voilà, en lisant le livre de Franck, j'ai pris conscience que j'avais mis en place un mécanisme interne, que j'avais réalisé un petit arrangement avec moi-même, pour atténuer les révélations de l'effet miroir. 

Prenons cet exemple: je suis en relation avec une personne qui s'énerve souvent et facilement, comme si cela était naturel pour elle. Je vis très mal ses colères, je ne suis pas habituée à côtoyer des personnes colériques, et je me mets rarement en colère. 

Spontanément, d'après l'effet miroir, je me dis: "cette personne est colérique, c'est donc qu'une partie de moi est colérique". Pire, je me dis "cette personne ressent de la colère, cela signifie qu'une partie de moi ressent de la colère".

Il y a des mots en trop dans cette formulation, qui sont loin d'être anodins puisqu'ils laissent entendre que quelque part, dans les tréfonds de mon être, une partie de moi, une petite partie, ressent de la colère, comme si la colère ne faisait pas vraiment partie d'elle. Elle la ressent, comme elle pourrait ressentir une légère brise sur son front. Et je sens que j'accepte cette partie en moi, que je l'aime. Foutaises! 

Au fil de ma lecture, j'ai réalisé que la formulation la plus puissante, celle qui me permet de faire émerger cette partie de moi qui ressent de la colère est d'affirmer "je suis colérique".

Alors que j'affirmais cela, j'ai ressenti en moi, physiquement, que j'étais colérique, et cela m'a fait un bien fou. Je suis colérique, oui, et je ferai bien de m'autoriser à l'être vraiment, à me mettre en colère quand je suis en colère, au lieu de me faire croire que j'éprouve une autre émotion que de la colère. Cela me permettrait de me réconcilier avec la colère, avec celle des autres aussi, et à cesser d'en avoir peur. Mes relations seront plus honnêtes lorsque je cesserai de biaiser pour ne pas provoquer la colère des autres et pour ne pas ressentir la mienne. 

 

Cela m'invite à revoir ma perception des différentes parties qui me composent. Lorsque l'une d'entre elles s'exprime, elle veux prendre toute la place en moi et j'ai à lui laisser toute la place. "J'ai", c'est à dire l'ensemble de toutes les autres.

Lorsque je suis euphorique, je sens bien qu'il n'y a de place en moi à ce moment là que pour l'euphorie. Je ne suis pas triste, je ne suis pas en colère, je suis euphorique. Il en va de même lorsque je suis heureuse, que je m'extasie, que je ris. Il ne me viendrait pas à l'idée de me dire "ah tiens, une partie de moi est heureuse!". Non, je le suis pleinement. Alors pourquoi, lorsque la tristesse, le désespoir ou la colère pointent le bout de leur nez ai-je le réflexe de les mettre à distance, de me dire et de visualiser que ce ne sont que des parties de moi qui ressentent au loin la tristesse, le désespoir ou la colère? 

Parce que ces émotions me font peur et que je les trouve désagréables. J'ai classé en mon fort intérieur mes émotions en deux catégories: celles qui sont agréables et celles qui sont désagréables et j'essaye d'éviter de ressentir trop fortement ou trop longuement les secondes. Ce faisant, je ne fais que différer leur passage en moi. 

La personne dont je parle plus haut, qui est un miroir particulièrement révélateur pour moi, m'a dit il y a peu que j'avais de la chance de pouvoir ressentir aussi fortement la tristesse car ce n'était pas le cas de tout le monde. Il m'a montré la beauté de ce sentiment que je n'aime pas beaucoup ressentir et je repenserai à ses paroles touchantes lorsque la tristesse frappera de nouveau à ma porte pour s'installer en moi pour quelques temps.  

Sortir de la dualité dans le domaine émotionnel, est accepter de vivre toutes les émotions qui se présentent à nous, pleinement, de leur laisser toute la place en nous pour qu'elles puissent s'exprimer. En les empêchant de nous traverser, nous les gardons en nous et, immanquablement, nous aurons à les ressentir plus tard. 

 

Un regard intéressant sur l'hypersensibilité

 

Le point de vue de Franck est particulièrement éclairant. Il avance que tant que nous n'avons pas évacué les émotions cristallisées en nous, nous vivons des expériences au cours desquelles nous avons l'occasion de les ressentir de nouveau pour les décristalliser, au fur et à mesure. Ainsi, plus nous acceptons de ressentir nos émotions, plus nous les laissons nous traverser, et moins nous vivons des expériences qui les réactivent. 

Notre hypersensibilité résulterait ainsi d'un manque d'expression de nos émotions bien que l'on puisse penser le contraire. 

 

Je rentre dans la case "hypersensible" et j'ai effectivement toujours pensé que je ressentais trop d'émotions, des émotions exacerbées. C'est le cas, mais se pourrait-il que cette exacerbation de certaines émotions ait pour cause des émotions refoulées par ailleurs? 

Si je reprends mon exemple de la colère, je me rends compte qu'effectivement, j'ai rarement ressenti consciemment cette émotion. Je l'ai brimée je pense. Mes parents n'auraient jamais accepté que je me mette en colère et je ressentais la leur comme l'expression d'un privilège que je n'avais pas. J'ai assimilé la colère à la domination, à une façon de museler l'autre, de nier ce qu'il ressent, ce qu'il pense, de le rabaisser. Lorsque quelqu'un est en colère après moi, j'ai le sentiment qu'il cherche à me dominer et à m'imposer sa volonté. Et dans cet acte j'y vois tout sauf de l'amour. Je n'arrive pas à concevoir qu'une personne en colère après moi puisse m'aimer. Impossible. Voilà pourquoi j'ai si peur de la colère, la mienne et celle de ceux que j'aime. Et voilà aussi pourquoi je n'exprime que rarement de la colère. J'ai trop peur que l'autre croit que je ne l'aime pas. Ou alors j'ai peur de ne plus l'aimer le temps de ma colère... 

Afin d'éviter de la ressentir, de la provoquer, et même pour la désamorcer chez l'autre, j'ai mis en place une technique imparable: je me fais croire et je fais croire aux autres par la même occasion, que je suis triste ou inquiète. Plutôt que de dire aux personnes contre lesquelles je suis en colère, que je suis en colère, je préfère (mais tout cela était inconscient) pleurer et exprimer de la tristesse, me mettre en posture de victime, afin d'essayer de les apaiser au plus vite. 

Un ostéopathe énergéticien m'a dit un jour, alors que je lui disais que je ressentais une tristesse infinie, que j'étais en colère. Je ne le sentais pas du tout, je croyais réellement que j'étais seulement très triste. Il a insisté "si, si, vous êtes en colère." Après coup, je me rends compte qu'il avait raison. 

 

Depuis combien d'années ai-je enclenché ce mécanisme de déni? Et si mon hypersensibilité résultait d'un trop plein de colère accumulée que je n'arrive pas à évacuer puisque je ne la reconnais pas et l'empêche de s'exprimer, de prendre forme concrètement à travers mes mots, mes gestes, mes actes. C'est une piste à creuser et je vais m'autoriser enfin à me mettre en colère pour voir, malgré ma peur de le faire. Tous aux abris! 

 

Le bien et le mal

 

Il est un point que je trouvais flou lorsque j'entendais Franck en parler dans des vidéos. Je ne parvenais pas à comprendre son point de vue sur la création de nous-mêmes

J'avais compris, et je n'aimais pas cette idée, que nous avions le choix de présenter en chaque situation une partie de nous ou son contraire, de nous montrer par exemple généreux ou radin, compréhensif ou non, mais j'avais entendu qu'il y avait des bons ou des mauvais choix.

Je redoutais de lire qu'il fallait toujours choisir la meilleure version de nous-mêmes en toute circonstance. Je déteste cette idée et cette injonction de veiller à ce que nous choisissons d'être, de veiller à exprimer nos sentiments les plus nobles. Je sais bien pourquoi je m'aime pas cette idée: je rêve de m'exprimer spontanément et de toujours prononcer la bonne parole au bon moment, de montrer les plus beaux aspects de moi en toute circonstance, de m'aimer lorsque je me vois agir et lorsque je m'entends m'exprimer, d'aimer ce qui sort de moi hors de tout contrôle de ma part. Mais force est de constater que tant sur le fond que sur la forme, ce que j'extériorise n'est pas toujours ce que je préfère. 

Il faut dire aussi que je suis partisante du moindre effort et que l'idée de devoir faire preuve de volonté et d'efforts pour m'améliorer ne me sied guère. J'ai cru que Franck défendait cette idée, alors qu'il affirme le contraire. Et si je l'ai filtrée ainsi, en la déformant, c'est bien parce qu'une partie de moi croit que l'on doit s'améliorer en travaillant sur soi et espère qu'un petit effort pourrait me transformer, bien que je professe l'inverse.

 

J'ai compris en faisant un effort d'objectivité, que lorsque Franck parle de choix, du choix que nous avons d'exprimer qui nous sommes, il ne hiérarchise pas nos états d'être comme je le faisais sans me l'avouer. Il ne sous-entend pas que certains états sont plus valables que d'autres. Alors que moi, je le fais inconsciemment. J'ai pris conscience en lisant ce livre qu'effectivement j'étais marquée du sceau de l'héritage de la dualité bien/mal. 

J'étais d'autant plus dans le déni de la présence de cette dualité en moi que je me connecte souvent de par mes activités à des niveaux de conscience où la dualité n'est pas. Je sens la non dualité, je sais ce que ça fait de la ressentir, et je me figurais que je ne la ressentais plus lorsque j'étais plongée dans mes énergies les plus humaines. Il est vrai que je catégorise peu, que mes avis ne sont pas souvent tranchés, que je perçois les intentions sous-jacentes à un acte qui peut sembler bien ou mal en apparence, ce qui me permet de comprendre ce qui anime ceux qui les réalisent.

J'arrive, quand je suis en confiance à exposer des idées et des pensées qui seraient taxées de mal par la plupart des personnes. Mais je sens bien que je ressens aussi l'inverse. Voyez comme je me défends de les ressentir ces mauvais sentiments! Oui, j'éprouve parfois du mépris pour certaines personnes, mais attention, j'éprouve aussi beaucoup d'admiration! C'est un peu ce que je vous dis. 

Et pour reprendre mon exemple, je pense qu'exprimer de la colère est mal, la négation de l'autre, le non amour. Alors j'évite. 

 

En lisant Ton autre vie, j'ai compris que nous faisons des choix d'être en continu mais que nous n'avons pas besoin d'en être conscients. Le choix tel, que je le comprends désormais, est plus un non choix en tant qu'il ne résulte ni d'un effort ni d'une volonté. Je pourrais par exemple choisir, inconsciemment, d'être agressive avec quelqu'un plutôt que conciliante ou calme. Et je pourrais m'observer et me dire "ah tiens, j'ai choisi d'être agressive, je suis agressive", sans jugement, sans ressentir que cela est bien ou mal. 

 

Je rêve d'être parfaitement spontanée et d'observer d'un regard amusé ce qui sort de moi, ce que j'exprime en dehors de tout contrôle, de voir ce que je suis en action et de m'aimer quoi qu'il sorte de moi, quelle que soit la partie de moi qui se matérialisera en des gestes, des pensées et des paroles, peu importe ce que cela transformera dans mon environnement. Je sais aussi que ce que j'exprimerai me reviendra mais je ne veux pas m'empêcher d'exprimer ce que je redoute de recevoir en retour. 

Si j'en crois Franck, je n'ai rien à faire pour cela, mais je me dis que j'ai une chose à faire: oser! 

En écrivant ce mot je me sens à la fois pleine d'envie et pleine de peur. Mais je sais que peur et envie sont les deux faces d'une même pièce et que je peux les ressentir simultanément. 

 

Une autre approche de la dualité

 

Une dernière réflexion se présente à moi, inspirée également par ma lecture. J'ai tendance à essayer de mettre des mots sur les émotions que je ressens mais je me dis que je devrais peut-être cesser de le faire car les émotions sont si nuancées qu'il n'existe probablement pas de mot pour nommer toutes leurs nuances. Par ailleurs, la simultanéité des émotions me rappelle que je peux ressentir de la joie et de la peine en même temps, de la douceur et de l'agressivité également, de l'amour et de la haine peut-être aussi. Je dis "peut-être "car j'ai peur de ressentir de la haine bien sûr. Nos émotions seraient en ce sens des espaces d'abolition de la dualité. Non parce qu'elles pourraient fondre plusieurs émotions en une seule, mais parce qu'elles nous permettraient de ressentir tout et son contraire. Le fameux "ET" souligné par Franck. L'amour et la haine ne se dissolvent pas dans une émotion, cela reviendrait à dire qu'ils disparaissent, mais ils coexistent. La fin de la dualité est la coexistence et non l'amalgame et la dissolution. Est-ce que j'aime si fort parce que je redoute de ressentir de la haine? 

 

Ton autre vie a déclenché des prises de conscience en moi et je sens que je n'ai rien d'autre à faire que de me laisser faire, de laisser les réactions qu'il provoque en moi se dérouler.

 

Merci Franck pour tes paroles inspirantes. 

 

Site de Franck Lopvet: https://francklopvet.com/

Chaîne Youtube: https://www.youtube.com/channel/UCd1QT6YiY0fjEmzTC6kPZUA

Le livre: https://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212574784/ton-autre-vie

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